Il est significatif qu’en 1968, deux avant la sortie de Peau d’âne, Look, l’un des plus importants magazines de photojournalisme américains après Life, ait consacré l’une de ses couvertures à Catherine Deneuve, en titrant « Elle pourrait bien être la plus belle femme du monde77. Playlist . Par conséquent, ce qui réunit inceste et homosexualité selon Beaver, c’est leur subversion de la loi biblique (patriarcale, hétéronormative) et des catégories et oppositions qui sont le fondement de cette loi. Comme Cocteau avant lui, Demy associe la monstruosité et l’inceste à des formes non normatives de sexualité37. Elle avait également joué dans Baisers volés de François Truffaut (1968) et dans La Voie lactée de Luis Buñuel (1969). 79 Les rapports entre la fée des Lilas et la belle-mère disneyienne peuvent s’expliquer par le fait que Demy construit sa fée à l’image de Jean Harlow, actrice célèbre dans les années 1930, époque où Disney a réalisé Blanche-Neige. En faisant désirer son père par la princesse, on pourrait dire que Demy rend le roi encore moins coupable que dans ces versions antérieures. 40 Steven Bruhm, Reflecting Narcissus : A Queer Aesthetic, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2001, p. 7. Amour, Amour, je t’aime tant Amour, Amour, je t’aime tant Le perroquet Amour, Amour, je t’aime tant Conseils de la Fée des Lilas La situation mérite attention. Contrairement à Perrault, apologue de la vie de famille, Marie-Catherine d’Aulnoy, sa contemporaine, célèbre dans ses œuvres la culture aristocratique des débuts de l’époque moderne71. ], New Queer Cinema : A Critical Reader, New Brunswick, Rutgers University Press, 2004, p. 53-67). Paroles de la chanson Amour Amour par Peau d'Ane. cité, p. 28). 16 Rebecca J. Pulju, Women and Mass Consumer Society in Postwar France, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, p. 99. OpenEdition est un portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. Bon l'histoire est bien, c'est un conte intéressant ça y a pas de soucis, mais l'adaptation est vraiment mauvaise. 25Demy fait allusion à l’inceste dans Les Demoiselles de Rochefort – où Monsieur Dame, le « beau-père » de Solange, désire ouvertement celle-ci – et dans Parking, où Jean Marais incarne à nouveau la figure d’un père incestueux42. Ces stratégies narratives et cinématographiques fonctionnent de telle manière que, tout d’abord, elles déstabilisent les oppositions nature/culture, animal/humain, femme/homme et, en second lieu, qu’elles dénaturalisent nos perceptions de la « réalité », de l’(hétéro) sexualité et du genre. Défi 13 janvier. de l’allemand par Jacques Lacan, Revue française de psychanalyse, tome V, no 3, 1932 [paru pour la première fois en allemand en 1922], p. 399-400). Par exemple, la première fois que l’on voit la fée des Lilas, elle est assise devant son miroir, tranquillement occupée à se limer les ongles. Quand la fée des Lilas affirme avec tellement de détachement que l’inceste est une question « de culture et de législature », elle dénaturalise fondamentalement la prohibition de l’inceste qui ne représente pas pour ces personnages un tabou profondément ancré, source de honte et de culpabilité. « L’amour se porte autour du cou, le cœur est fou (…) Amour, amour, je t’aime tant ». » Elle passe alors une robe couleur lilas, se regarde à nouveau et affirme : « Oui, c’est mieux », en ajustant sa coiffure. Sur Cocteau dandy, voir Andrea Fontenot, « The Dandy Diva », Camera Obscura, vol. » Plus loin, Beaver met en relation le tabou de l’homosexualité – considérée comme un mélange de caractéristiques masculines et féminines – avec la loi biblique, en particulier celle du Deutéronome et du Lévitique, dont les interdits établissent et maintiennent les définitions distinguant la femme de l’homme, l’animal de l’humain, la plante de l’animal, qu’il est considéré comme « impur » de mélanger entre eux20. 32 À certains égards, la valorisation de la « bête » chez Cocteau et Demy fait aussi penser à la nouvelle d’Angela Carter « The Tiger Bride », dans laquelle l’héroïne se transforme en bête, au lieu de la bête changée en prince, autre forme non normative de sexualité partagée par le héros et l’héroïne. Amour, amour, je t’aime tant… Je t’aime tant… – Peau d’Âne On en est tous – toutes – là : c’est quoi l’Amour (bordel) ? Contrairement aux bonnes fées des versions classiques des contes de fées qui aident et soutiennent l’héroïne, la fée des Lilas du Peau d’âne de Demy se présente comme la rivale sexuelle de la princesse. Demy met constamment en scène le regard narcissique du soi contemplant son reflet et le regard voyeur d’autrui, aucun des deux n’occupant une position stable d’objet ou de sujet dans le film, comme nous allons le voir. Philippe Hourcade, Paris, Société des textes français modernes, 1997, p. 9-26. Tout au long de Peau d’âne, Demy réunit ces trois stratégies camp dans son recours à l’inceste comme trope des sexualités alternatives ; dans la récurrence des juxtapositions incongrues entre haut et bas, ancien et moderne, nature et culture, dont le but est de dénaturaliser les normes établies ; et dans la manière dont ses héroïnes, tels des dandys féminins, sont à la fois des œuvres d’art et des sujets désirants. 52La scène où le prince voit la princesse pour la première fois en est peut-être la meilleure démonstration. %PDF-1.5 Il est significatif que Demy cite cette icône du cinéma camp qu’est Morrissey en rapport avec son Peau d’âne92. La première robe est « couleur du temps », la deuxième « couleur de la lune » et la troisième « couleur du soleil ». Dans le film de Cocteau, une forme d’amour transgressif (l’inceste) en remplace une autre (la bestialité). « Amour, amour, je t’aime tant … Deezer : musique en streaming gratuite. L’association de ces stratégies a pour effet d’ébranler ou de perturber les oppositions sur lesquelles repose l’ordre sociosexuel de la France de l’après-guerre, qualifié par Rebecca Pulju d’« âge d’or du familialisme », où prédominent des notions conservatrices de la famille et du genre. 43 Analysant l’inceste de Trois places pour le 26 du point de vue très différent de la culture administrative, Vivian Labrie interprète l’inceste comme figure des relations au travail et, de manière intéressante, relie son analyse aux contes populaires ayant ce thème (voir V. Labrie, « Help ! Je préfère qu’ils ne sentent pas […] et je préfère qu’aucun paysan ne soit vieux. Il est ici possible de comprendre le sens « conservateur » donné par Demy au château bleu comme signifiant « primitif », c’est-à-dire « au tout premier stade26 » de la société comme de l’individu et, en particulier, de la princesse qui doit encore surmonter son complexe d’Électra. En contrôlant le regard du jeune homme, c’est elle qui est en situation de pouvoir et non le prince. Les « figures aristocratiques considérées comme objets esthétiques », notion des débuts de l’époque moderne, sont parfaitement illustrées par L’Enseigne de Gersaint (1720-1721), œuvre de Watteau. de l’anglais par Dominique Jean, dans Œuvres, Paris, Gallimard, coll. À propos de Cocteau en particulier, Irène Eynat-Confino écrit : « Comme le montrent de manière récurrente les œuvres de Cocteau par leur utilisation du monstre comme trope ou être surnaturel concret […], [Cocteau] exprime ainsi l’épreuve qu’il partageait avec toutes les personnes dont la sexualité était non normative et condamnée comme telle par la société34. C’est comme si les personnages n’avaient pas encore totalement intériorisé la loi interdisant l’inceste et la loi elle-même paraît arbitraire, car non pas fondée sur la nature, mais sur des conventions humaines. Comme le dandy masculin, les deux femmes demeurent des sujets désirants, même lorsqu’elles sont présentées comme des objets d’art. Selon cet auteur, « l’allégeance au foyer et à la famille » est une valeur importante introduite dans ce film, comme dans d’autres réalisations de Disney61. Mise en scène pour la première fois en 1863, cette œuvre est une version revisitée d’une féerie antérieure de Vanderburch et Laurencin, qui connut un succès durable à Paris et en province jusqu’en 1878 au moins, date à laquelle le décorateur Chéret poursuivit ses collaborateurs qui ne lui avaient pas versé sa part des bénéfices6. 64 Cité dans J.-P. Berthomé, op. Quand le prince erre dans la forêt après un banquet villageois, il tombe sur une rose qui voit et parle, et qui le conduit à la maison de la princesse. Nous sommes une association à but non lucratif. On peut voir dans le Peau d’âne de Demy une critique queer et féministe du conte de fées et de la culture de cour dont il est issu. 62La version camp que donne Demy du conte de Perrault met en jeu à la fois la primauté accordée à ce qui peut être interprété comme relevant du camp dans le conte – la mise en évidence d’éléments potentiellement subversifs déjà présents dans la version classique – et l’introduction dans le conte de signes camp. ), Camp Grounds : Style and Homosexuality, Amherst, University of Massachusetts Press, 1993, p. 26. 56L’idée d’une Marie-Antoinette comme œuvre d’art et comme spectacle revient dans plusieurs autres scènes. 36Tant chez Cocteau que chez Demy, des dichotomies telles que nature/culture, passé/présent, animé/inanimé, humain/animal, humain/végétal et féminin/masculin sont problématisées grâce à ces juxtapositions incongrues. On peut le voir sur le site de l’INA (http://www.ina.fr/video/4223827001). À l’instar de l’idéologie naissante de la domesticité en France, inséparable de la modernisation synonyme d’américanisation, la « doctrine Disney » valorisait « la famille nucléaire et ses rituels afférents : mariage, parentalité, éducation des émotions et de l’esprit, et consommation62 ». 25 Je m’appuie ici de manière générale sur l’œuvre de Claude Lévi-Strauss pour lequel la prohibition de l’inceste (telle que définie par des sociétés spécifiques) est au fondement de la « culture ». » La princesse fond en larmes et, pour la consoler, la fée lui dit : « Ne pleurez pas mon enfant. 29Certaines incongruités deviennent visibles par le simple transfert de l’image sur l’écran. 35Comme je l’ai déjà évoqué, Peau d’âne fait de nombreuses et importantes allusions à l’œuvre de Jean Cocteau. L’amour se porte autour du cou, le cœur est fou Quatre bras serrés qui s’enchaînent l’âme sereine Comme un foulard de blanche laine L’amour s’enroule et puis se noue Amour, Amour, m’a rendu fou. S’inscrivant dans cette lignée, Capellani mêle au conte de Perrault des éléments empruntés au Peau d’âne d’Émile Vanderburch (ou Vanderburck), Laurencin et Charles Clairville, féerie du music-hall populaire. Tandis que la première version de 1838 évoque indirectement une affection incestueuse ou, du moins, suggère que la fille aime trop son père (peut-être à cause d’un excès d’attention de la part de ce dernier), les modifications contenues dans la version de 1863 atténuent encore davantage toute allusion de cette nature. 61Dans un entretien donné à l’époque de la sortie de Peau d’âne, Demy affirme que la France « est un pays très fermé, très autocensuré, aux structures vieilles, où un film comme Trash de Paul Morrissey (assistant de Warhol) est finalement impensable. 58À la manière dont Madame d’Aulnoy avait peuplé son utopique « île de la félicité » de jeunes et belles nymphes, Marie-Antoinette fait de son hameau une utopie pastorale habitée de jeunes et beaux paysans, le budget de la couronne jouant le rôle de baguette magique85. Référence à Cocteau, ce plan rappelle de manière frappante une scène d’Orphée dans laquelle Orphée est vu de l’autre côté d’un miroir à travers lequel il essaie de passer. 2 0 obj Il est significatif que Disney consacre deux longues scènes comiques à la notion de propreté. Le père est puni pour son attention excessive et la fille doit porter une peau d’âne pendant un an et un jour afin d’expier sa vanité. De 1901 à 1950, le conte figure dans au moins trente-six recueils et il est réimprimé neuf fois individuellement. 5, no 1, 2005, p. 30. Si l’inceste est représenté comme une loi arbitraire dont le fondement est culturel et non naturel, il peut être aussi considéré en fonction du désir du sujet queer pour le père, projeté sur l’héroïne qui, elle-même, devient une « bête », à la fois animale et humaine, masculine et féminine. On pourrait en dire autant du désir queer. » Ici, plusieurs lectures se présentent. Il est possible d’interpréter le déploiement d’incongruités comme là encore, une dénaturalisation du normal, de ce que nous admettons comme normal dans la vie… ou dans un conte. Michel Legrand Essentials. 17, no 1, 2003, p. 71. Très girly et plutôt kitsch comme décor, mais cela m'a donné l'occasion de m'essayer pour la première fois à réaliser des roses en pâtes d'amandes (au programme du CAP de pâtisserie). Demy exagère cette image en faisant porter par son héroïne l’extravagante robe couleur de soleil quand elle se plonge les mains dans la farine et pétrit la pâte, dans une superposition de la femme, figure de la beauté et de la femme, figure de la domesticité. 23, no 1, 2008, p. 166. 33La répétition du son « fée » (guitare fée, Orphée, faits, prononcés « fés », divers) associe la magie de la modernité avec le féerique. Mon enfant On n'épouse jamais ses parents Vous aimez votre père, je comprends Quelles que soient vos raisons Quels que soient pour lui vos sentiments Mon enfant On n'épouse pas plus sa maman À certains moments du film, Demy ridiculise et critique implicitement l’association des femmes avec la domesticité, en présentant des héroïnes agents de leurs propres désirs, autre moyen de remettre en question l’image de la ménagère passive tellement colportée dans la France de l’après-guerre. cit., p. 69). 18 Gwénaëlle Le Gras, « Soft and Hard : Catherine Deneuve in 1970 », Studies in French Cinema, vol. En outre, son recours aux miroirs fait clairement référence au cinéma de Jean Cocteau qui, dans presque tous ses films, établit une équivalence entre « les miroirs, le narcissisme et l’homosexualité78 ». Sentiment complexe mais sans lequel on serait bien en peine. Raphaël Lefèvre qualifie en ces termes l’ultime œuvre de Demy : « Audace tranquille, absence de culpabilité et de jugement moral : Demy achève sa carrière avec un film bancal mais sur une étonnante vision de l’amour et des tabous44. Pour une analyse du même type de la femme comme valeur d’échange et comme valeur d’usage, voir Jean-Joseph Goux, « Sexual Difference and History », Symbolic Economies : After Marx and Freud, Ithaca, Cornell University Press, 1990, p. 213-244. 12Évoquons d’emblée par le prétexte même du film : Peau d’âne est l’histoire d’un père qui désire sa fille et souhaite l’épouser. » Le prince n’est qu’un substitut – imposé par une loi arbitraire – qui ne saurait remplacer pleinement l’objet originel du désir de la princesse : son père. cité, p. 257). 7En 1781, une version en prose du conte est publiée et attribuée à Perrault. 31Le personnage de la fée des Lilas n’est pas tout à fait à sa place dans cet univers féerique particulier. Malgré la présence de références visuelles et thématiques au Blanche-Neige de Disney et au Magicien d’Oz, les allusions à Cocteau sont les plus parlantes car elles peuvent être lues comme autant d’inscriptions dans Peau d’âne d’éléments de l’esthétisme gay ou camp qui sapent l’hétéronormativité apparente et troublante du conte de Perrault et des versions ultérieures. 54 Berthomé évoque les robes Louis XV de la princesse et de sa mère, et le costume Henri II du prince (voir J.-P. Berthomé, op. Le miroir joue un rôle capital dans la construction du soi comme spectacle, non seulement par sa fonction complice dans l’élaboration du soi en œuvre d’art, mais aussi par sa capacité à esthétiser les objets qui s’y reflètent. Pénélope. Ce conte qui, sous la plume de Perrault, consolide, même de façon dérangeante, les normes patriarcales et hétérosexuelles devient, sous la direction de Demy, un film camp qui se penche sur d’autres formes de sexualité et d’identité de genre, et remet en cause l’ordre sociosexuel de la France de l’après-guerre. » Dans la version de 1863, la fée conseille ainsi Lilia, au même moment de la féerie : « Ma chère Lilia, retiens bien ceci : quelque chagrin qu’une femme éprouve, elle ne doit jamais négliger sa toilette… On se pare d’abord, et l’on pleure ensuite, et pas trop encore, rien ne ternissant l’éclat des yeux comme les larmes75. 57 Autre référence intertextuelle possible : dans La Belle au bois dormant de Disney, le rouge (associé au prince) et le bleu (associé à Aurore) sont aussi présents. 17D’autre part, la présence de Jean Marais fonctionne comme une référence intertextuelle à une célébrité homosexuelle, de même que la présence de George Chakiris et de Grover Dale dans Les Demoiselles de Rochefort, mentionnée au chapitre i. Acteur gay, Marais incarne un homme amoureux d’une femme qui se trouve être sa fille. Tâchez de faire bonne figure. Ainsi, quand Peau d’âne se termine, la boucle est bouclée. » Deneuve est en couverture du numéro du 30 avril 1968 de Look. Le cinéaste ajoute encore aux incompatibilités des rôles genrés traditionnels que les femmes étaient censés jouer en juxtaposant la belle princesse et son alter ego, Peau d’âne, qui se fait domestique jusqu’au bout en lui lisant la recette du « gâteau d’amour », en balayant la maison et en faisant le lit. Le culte de la diva est, pour le sujet stigmatisé, une manière, à travers l’identification à la diva, de se sentir reconnu et vénéré, grâce à la mise en scène de « la transcendance d’une matérialité hétéronormative contraignante et [de] la reconstruction sublime, du moins par le fantasme, d’un monde plus spacieux, plus agréable, plus queer90 ». Demy a délibérément recherché ce type d’incohérences historiques afin de susciter une impression d’intemporalité, un passé anhistorique comme cadre du conte. La fée, la princesse et la reine sont toutes les trois des beautés qui admirent la beauté, y compris la leur. 4 0 obj 77 « She just might be the world’s most beautiful woman. Quand le prince trouve la bague dans son gâteau, il annonce qu’il n’épousera personne d’autre que la femme capable de porter cette bague. Même si pour nous autres, cœurs d’artichauts, on fête tous les jours l’amour, c’est bel et bien le 9 … Il me semble que la création d’une version camp de ce récit met en jeu à la fois une lecture camp du conte et une transfusion de l’esthétique camp dans le conte. 37Dans le conte écrit par Perrault et dans la version apocryphe de « Peau d’âne », la princesse prépare le gâteau, « vêtue d’un corps d’argent que vite elle laça/Pour dignement faire l’ouvrage58 ». En réalité, il transforme ce conte classique qui le fascinait depuis sa jeunesse en un vecteur d’interrogation des formes hétéronormatives de sexualité, dans la lignée des écrivains et des cinéastes homosexuels, au premier rang desquels Jean Cocteau, qui se sont servi de l’inceste comme trope destiné à explorer d’autres formes de sexualité. Affolée, la princesse court chercher conseil auprès de sa marraine, la fée des Lilas. » en replay sur France Culture. Cette bouche féminine évoque celle qui est incorporée dans la paume de la main du peintre du Sang d’un poète. Merci, nous transmettrons rapidement votre demande à votre bibliothèque. Jean-Pierre Berthomé relève que Demy « mettait en scène le conte de Perrault sur son théâtre de guignol, avec beaucoup d’autres de Perrault et de Grimm2 ». Dans le conte de Perrault, lorsqu’elle regagne sa modeste maison, Peau d’âne revêt régulièrement les robes élégantes que lui a offertes son père. Dans plusieurs de ses contes, notamment « La Belle aux cheveux d’or », « L’Oiseau bleu », « Le Prince Lutin », « Le Mouton », « Babiole » et « Le Nain jaune », les personnages s’admirent, ou déplorent leur défigurement magique, dans des miroirs. Elle a été représentée à Paris au Théâtre de la porte Saint-Martin et au Théâtre de la Gaîté, deux célèbres music-halls de l’époque. Une princesse, conseillée par sa fée, refuse l’amour de son père en fuyant cachée dans une peau d’âne, qu’elle quitte parfois quand elle est seule dans sa cabane. Ils ne sentiront pas, au moins ?L’Architecte : Bien sûr que non, Majesté.Marie-Antoinette : Parfait. 41Demy accentue de manière comique les incompatibilités et les tensions qui distinguent les deux fonctions principales des femmes dans la société bourgeoise : la femme comme spectacle ou objet de désir (valeur d’échange) et la femme comme domestique (valeur d’usage)65. 53C’est comme si la princesse s’était mise en scène afin que le prince en tombe amoureux et qu’elle puisse l’observer, ce qui conduit le spectateur à se demander si elle ne serait pas elle-même dotée de quelques pouvoirs féeriques. Vêtu de rouge alors qu’il traverse la flore verdoyante, le prince ressemble lui-même à une rose dans la forêt. » Babuscio a répertorié quatre grandes caractéristiques dans les œuvres marquées par l’esthétique camp ou perçues comme telles : d’abord, l’ironie qui prend souvent la forme de l’incongruité ; deuxièmement, l’esthétisme ou l’accent mis « sur les surfaces, les textures et les images sensuelles […] non seulement parce qu’elles sont en cohérence avec l’intrigue, mais parce qu’elles sont fascinantes en elles-mêmes14 » ; en troisième lieu, la théâtralité, en particulier l’existence vue comme une pièce de théâtre et le spectacle de soi-même ; et, quatrièmement, l’humour, qui renvoie à l’ironie et mêle comédie et douleur afin de nous permettre « d’être confrontés à des questions “sérieuses” avec un détachement provisoire15 ». 70 Mary Vidal, Watteau’s Painted Conversations, New Haven, Yale University Press, 1992, p. 188. Comme celui de la Belle dans le film de Cocteau, ce miroir permet à la princesse de voir la réaction de son père devant son départ. cit., p. 1-9. cit., p. 616. « Amour, Amour, Je t’aime tant » chantonnait Anne Germain sous les traits de Catherine Deneuve dans le film Peau d’âne de Jacques Demy. J'ai cru que j'allais casser ma télé à force d'entendre "amour, amour je t'aime tant !" C’est précisément parce que le corps monstrueux (indéfinissable, queer) de la princesse porte les marques du masculin et du féminin qu’il nous est possible de voir en son désir pour le roi le désir homosexuel masculin. 19 Harold Beaver, « Homosexual Signs (In Memory of Roland Barthes) », Critical Inquiry, vol. Pourtant, comme l’indiquent clairement les vers extraits du film qui figurent en exergue de ce chapitre, Demy en fait aussi l’histoire d’une fille qui désire son père et voudrait l’épouser. me, S/he, and the Boss », dans Pauline Greenhill et Diane Tye [dir. “Peau d’âne” : la Féerie existe-t-elle ? Pour le spectateur adulte initié, cet élément d’information sur le comédien suscite forcément une distance esthétique et même ironique entre l’acteur et le rôle, distance qui sème le trouble dans l’hétérosexualité apparente de la relation incestueuse entre père et fille, telle que la représente le film. Selon cet auteur, « la normalité se fait passer pour naturelle ; la perception gay de la superficialité littérale de la normalité a pour effet de dénaturaliser le normal.