Ainsi, au cours de l’été 1946, le ministre de la Reconstruction se plaint de ne plus disposer de suffisamment de PG. Pourquoi refoulement ? L’environnement confiné de l’armée était probablement plus propice à ces dérives. Dir. Or ce dernier se risque à écarter le PCF du nouveau gouvernement, provoquant l’ire des milieux communistes. La situation alimentaire dans le théâtre est extrêmement critique ». Ainsi, l’ensemble des partis politiques allemands s’y opposent, arguant que l’Allemagne doit conserver « toutes [les] forces actives »[397]. Rien ne justifiait, pour chacun d’entre eux, de conserver une cohésion de groupe. Il relate les suites d’un accident consécutif à l’explosion d’une mine lors d’une opération de déminage effectuée conjointement par des PG et des Français à la frontière franco-suisse. Faut-il y voir une illustration de la « rectitude allemande » ? Comme le laisse entendre ce premier témoignage, l'identification de PG criminels de guerre était centralisée à Paris et elle relevait, très probablement, de la compétence du « Service de Recherche des Crimes de Guerre » auquel fait allusion le ministre du Travail dans un de des courriers[368] ; ce service tenait, entre autres choses, un fichier des criminels de guerre[369]. Archives du ministère des affaires étrangères (Paris) (archive citée par Grégory Philippe), Série Z 22, Courrier du ministère des affaires étrangères au président du Comité international de la Croix-Rouge. cité. Celle-ci s’élève à 1 500 francs par prisonnier évadé[196]. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), Côte 770623/84, Courrier de l’ambassadeur français en Grande-Bretagne au Vice-président du Conseil, ministre des affaires étrangères, 20 mars 1947. Les autorités ne semblent véritablement soucieuses d’organiser une politique de communication qu’à l’occasion de la mise en place et du développement de la transformation des PG en travailleurs libres volontaires. Mouchoir réglementaire du soldat allemand Landser 1939-1945 ww2 . En printemps 1948, les autorités militaires, par la voix du général Buisson, proposent de nouveau de transférer temporairement des PGA détenus par les forces françaises en Autriche[470]. Seuls demeurent les SS « bloqués », autrement dit, ceux appartenant à des unités suspectées de crimes de guerre. Le produit de ce travail a été publié sur un site Internet[23]. La crainte du retour en Allemagne est aussi avérée par certains témoignages, tel celui d’un ancien prisonnier qui décida de rester en France, Wolfgang Lucki : « En ces temps-là, l’Allemagne était coupée en deux. En 1945, l’Allemagne nazie capitule ; la Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe. L’un des intérêts de ce documentaire a en outre été de recourir aux derniers témoins encore en vie, pour l’essentiel d’anciens prisonniers allemands. On dénombre alors, en Afrique du Nord, 65 000 prisonniers de guerre dont 25 000 Allemands. Archives départementales du Nord (Lille) (archive citée Grégory Philippe), 27W38361/1, courrier du commissaire de la République de Lille au Directeur général des Houillères nationales du Nord-Pas-de-Calais, 12 juillet 1945. Victimes civiles en Normandie. Face à cela, le ministre du travail répond que l’indemnité « ne saurait en aucune façon être assimilée à un impôt. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), Côte 770623/84, Informations absentes concernant l’expéditeur et le destinataire de cette lettre, 12 mars 1947. Le ministère des Affaires étrangères prend probablement d'abord en considération les enjeux diplomatiques liés au maintien de la détention de PG, détention qu'il se doit de justifier vis-à-vis des Alliés, alors que le ministère du Travail fait primer les besoins économiques. Référence L20160186. Il est possible que les ancêtres qui selon toute apparence semblent disparaître pendant une certaine période de temps aient servi dans les forces militaires. D’après l’armée, on ne dénombre pas moins de 53 160 tentatives d’évasion au cours du second semestre 1945 et du premier semestre 1946 : rapporté à une population de plusieurs centaines de milliers d’hommes, ce chiffre est considérable[199]. Les PG les plus gravement atteints seront soumis à l’autorité militaire. Or le contrat signé par la plupart des anciens prisonniers allemands devenus travailleurs libre en France court jusqu’en 1949. Quoi qu’il en soit, le général Buisson commente le graphique ci-contre dans son historique[243]. Ce médecin colonel alerte le commissaire de la République : depuis le 13 juillet, de plus en plus de PG arriveraient dans un état lamentable. Archives du ministère des affaires étrangères (Paris) (archive citée par Grégory Philippe), Série Z 22, Courrier du ministre des affaires étrangères au ministère des affaires étrangères, 6 août 1945. La méticulosité de la sélection explique en partie pourquoi si peu d’optants ont profité du mois de congé pour ne pas revenir en France : seules les candidatures « sérieuses », à tout le moins en apparence, ont été prises en compte et a fortiori retenues. Cette suspicion est du reste confirmée par le témoignage d’un PG. « [Les] figures de l’oubli (dont on pourrait dire qu’elles) ont une vertu narrative (qu’elles aident à vivre le temps comme une histoire) et (…), à ce titre, elles sont dans le langage de Paul Ricœur, des configurations du temps »[509]. Au fait que les Français détenus en Allemagne ne soient plus menacés s'ajoute, pour expliquer la soudaine dégradation des conditions de détention, le fait que la France d’alors traverse l’une des pires crises économiques qu’elle ait jamais connue, une crise dont l’Allemagne est jugée responsable. Aussi la région de Lille devient-elle, dans les archives, la 2e région militaire et non plus la première comme elle l'avait été jusqu'alors. cit, page concernée. De telles rations expliquent amplement à elles seules une amélioration. Des scaphandriers allemands pourront aider à ce travail mais le Déminage devra leur fournir des scaphandres. Qui plus est, comme le souligne Jean-Pierre Rioux une mémoire, outre qu’elle est portée par un groupe social, nécessite également un cadre géographique dans lequel les membres du groupe n’ont pas cessé de s’enraciner. Détenus au camp de Rennes à l’été 1945, Günter Pengel évoque ainsi, dans son témoignage, les tentatives de recrutement qui ont suivi la passation du commandement du camp des autorités américaines aux autorités françaises : « Le nombre des morts par sous alimentation et dépression augmentait régulièrement. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau, Côte 770623/85, Note de la direction générale de la main-d’œuvre, Ministère du Travail, « Option des PGA en vue de leur transformation en TL par activités collectives au 1/10/47 », 6 novembre 1947. En réalité, la réaffectation n’est pas totale. Ainsi, nous nous épuisions toute la journée à agiter le détecteur de droite à gauche et de gauche à droite ». Quant aux malades et « intransportables », ils sont dorénavant directement pris en charge par les services de la santé. C’est l’Église catholique dans son ensemble qui tend à désapprouver l’attitude française : le Pape a lui-même demandé la libération de tous les prisonniers au cours d’une allocution, le 1er juin 1946. En-dehors de cela, la surveillance incombe directement à l’employeur civil, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un particulier. Il mérite qu’on s’y attarde plus longuement. Cet exemple nous est parvenu du fait que le jardinier français qui travaillait auparavant chez cette personne s’est plaint d’un licenciement abusif au profit du prisonnier[266]. En l’espèce, l’oubli est de « l’ordre du refoulement »[501]. Il en ressort que la libération de chaque prisonnier était, en dernière étape, visiblement soumise à la condition de ne pas être suspecté d’avoir été impliqué dans des crimes de guerre. Pourquoi nous sommes ici ? *FREE* shipping on qualifying offers. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), Côte 770623/88, Courrier de M. Guérard, Ministère du Travail, au ministre de l’agriculture, « Habillement des PG », 12 mars 1947. Archives départementales du Nord (Lille) (archive citée Grégory Philippe), 57W43529/27 099 Courrier du délégué régional de l'office central de répartition des produits industriels à l'inspecteur général de la production industrielle (Douai) - 01 août 1945. Comme le montre le schéma ci-contre, le Service des prisonniers de guerre entretient de multiples rapports avec les autres autorités de l’État. »[313]. Or seules des circulaires ministérielles réglementent, en France, l’emploi des prisonniers de guerre ennemis. La pression de cette opinion continue ses ravages. Les autorités américaines sont sommées d’agir. La France doit soit procéder au rapatriement des travailleurs libres considérés comme prisonniers de guerre par les Soviétiques avant le 31 décembre 1948 au risque pour la France de perdre cette main-d’œuvre, soit inviter ces travailleurs allemands à demeurer en France jusqu’à l’issue de leur contrat, en 1949, au risque, pour eux, de se revoir définitivement interdits de séjour dans la nouvelle Allemagne de l’Est[389]. L’une des crises les plus révélatrices des crispations interministérielles est peut-être celle qui se produit au printemps 1946 et qui eut pour objet l’indemnité compensatrice. Expéditeur probable : Ministère du Travail, Courrier à M. Chausson, député, 15 janvier 1947. Trois mêmes thèmes accompagnement, le plus souvent, ces trois types de mécontentements : les prisonniers jouiraient de trop de libertés, les autorités feraient preuve de laxisme et on requiert, de leur part, davantage de fermeté. Il serait surprenant que les PG employés au dragage des mines en mer aient pu bénéficier d’un tel traitement de faveur, alors même que les risques qu’ils encouraient étaient probablement moindres que ceux qu’encouraient leurs camarades affectés au déminage terrestre. À la même période, le gouvernement va également autoriser les officiers d’active, ceux dont « la profession représente un intérêt évident », à se porter candidats au travail libre[440]. Dans son historique, le général Buisson écrit : « […] La recette essentielle provient de l’indemnité compensatrice payée par les employeurs : 4 600 millions en 1946, 8 683 millions en 1947 et près de 6 milliards en 1948. Dir. Pour cet historien, face à la nouvelle tyrannie du présent, à l’effacement social des références au passé et à l’avenir, la mémoire en est réduit à un processus de patrimonialisation, à la « mise en musée »[524]. Population de l'Allemagne et des pays voisins, 1946, n° 3, 471-488 par A. Sauvy et S. Ledermann; Au sujet des pertes de guerre, 1953, n° 2, 372-374. Quoi qu’il en soit, à partir de 1946, les autorités se montrent beaucoup plus respectueuses des recommandations du Comité international de la Croix-Rouge. Chaque commission de criblage est présidée par le Directeur départemental de la main-d’œuvre et se compose des représentants du préfet, de la direction départementale de la population, des syndicats ouvriers et patronaux ; le commandant du dépôt local y représente pour sa part l’autorité militaire[420]. En novembre 1947, on ne compte pas moins de 200 000 mineurs en grève dans le Pas-de-Calais. Archives départementales de la Nièvre (Nevers), Côte 11W13, Courrier du commissaire de la République de Bourgogne et de Franche-Comté au préfet de la Nièvre, 16 août 1945. Je pus me dégager et m’enfuir. Toujours est-il qu’étudier la question des prisonniers de guerre allemands requiert donc de garder à l’esprit ces particularités mémorielles propres à la France. La tension monte jusqu’à ce que les dominions et les alliés de l’Allemagne, fassent respectivement pression sur Londres et Berlin pour que cesse l’escalade. Ces informations semblent néanmoins très douteuses : un calcul simple démontre qu’avec un tel taux de mortalité, le problème se serait probablement réglé de lui-même de manière dramatique, du seul fait d’une chute rapide et constante des effectifs. Dir. Fiche technique. FELDBLUSE, LA VAREUSE DU SOLDAT ALLEMAND 1933-1945 ... Enfin, de nombreux clichés d’époque et des reconstitutions illustrent les changements d’apparence graduels du soldat allemand au combat. Il convient dans ce cas de demander aux travailleurs allemands d'opter pour une autre profession pour laquelle il y a pénurie de travailleurs ou bien de prendre contact avec vos collègues voisins [des autres départements] pour procéder à des mutations »[417]. Il est intéressant de noter que pour deux épisodes historiques relativement proches, la détention des PGA dans la France de l’après-guerre et la détention des PGA dans le Canada en guerre, la production scientifique relative à ce dernier épisode a été relativement plus importante au Canada qu’elle ne l’a été, en France, pour le premier événement. Archives départementales du Nord (Lille) (archive citée Grégory Philippe), 27W38631/1, Courrier du ministre de la production industrielle (direction des mines) au commissaire régional de la république, 26 février 1945. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), 770623/89, courrier du ministre de la Guerre, 30 juillet 1947. Son récit, transmis au ministère des Affaires étrangères, est éloquent[479]. Toutefois, fait difficile à expliquer, les autorités américaines semblent minimiser le bilan humain : l’article souligne que si de nombreux prisonniers sont « in a state of serious malnutraition », il se contente d’indiquer que « some deaths have occured ». On peut s’interroger néanmoins sur les motivations du ministère des finances : pourquoi contester, qui plus est soudainement, la légalité du système au risque de compromettre, au moins temporairement, le redressement économique national ? Cette mesure vise à freiner, sinon à résorber, la surpopulation des dépôts où « le rythme des rapatriements ne pouvant, dans chaque dépôt, s’adapter exactement à celui des réintégrations, il en [résulte] (...) l’embouteillage de certains [d'entre eux] »[277]. Ce décompte n’est néanmoins pas officiel, ce qui pourrait expliquer pourquoi le ratio mines traités / accidentés n’apparaît pas extrêmement élevé. Les clauses de « convention de louage de travail » stipulent que le versement de ces indemnités [doit se faire] 8 jours après réception des bordereaux liquidatifs adressés périodiquement ». F. Cochet, « France 1945 : le dossier controversé des prisonniers de guerre allemands ». De même, quelquefois, des hommes qu’ont tenus rapprochés les nécessités d’une œuvre commune, (…) se séparent ensuite en plusieurs groupes : chacun de ceux-ci est trop étroit pour retenir tout ce qui a occupé la pensée du parti, du cénacle littéraire, de l’assemblée religieuse qui les enveloppait tous autrefois. Nous avons vu précédemment que la question des salaires avait pu poser problème : en effet certains PG quittent la France sans avoir reçu l’intégralité de leurs avoirs. Ce « type prodigieux » semble, après la guerre, avoir eu sous sa responsabilité de la main-d’œuvre prisonnière allemande, main-d’œuvre avec laquelle il s’est montré particulièrement avenant ; il a été jusqu’à communiquer l’adresse de son domicile, à Tours, aux prisonniers. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), Côte 770623/85, Note de la direction générale de la Main-d’œuvre, Ministère du Travail, 6 novembre 1947.